PAR CLAUDINE DOUVILLE

 

La planète foot peine à tourner rond. Saison tronquée, joueurs isolés, parties remises, on s’en rappellera longtemps de 2020 et pas parce qu’on aura été marqués par de grands exploits. Malgré tout, il y en a qui réussissent à garder le sourire et la tête haute dans tout ça. L’Impact de Montréal a connu des hauts et des bas, mais Rommel Quioto, l’acquisition de début de saison de l’équipe, vit avec philosophie ces moments troubles et garde une belle sérénité.

« Je me sens bien avec cette équipe, avoue-t-il, je suis heureux ici. Depuis que je suis arrivé, depuis que le club m’a ouvert ses portes, l’accueil qu’on m’a réservé m’a mis en confiance et j’ai pu l’exprimer sur le terrain. » Meilleur buteur de l’Impact, meilleur tireur, deuxième pour les passes décisives, Quioto a caracolé en tête des classements des statistiques de l’équipe. On ne peut pas dire qu’il soit troublé par le manque d’ambiance dans les matchs. « Au début, c’était un peu inconfortable, confie-t-il. C’est étrange de jouer sans public, mais à force de jouer des matchs, on finit par s’habituer à la situation. Il faut accepter les meilleurs compromis pour le bien de l’équipe. »

Habitué de l’aile gauche, Quioto a été sollicité à quelques occasions en attaquant de pointe, un rôle qui n’est pas pour lui déplaire. « J’aime beaucoup ça parce que j’ai une bonne liberté de mouvement. Je peux aller sur toute la largeur du terrain, m’avancer, me retrouver au centre…je n’aurais aucun problème à me retrouver là plus souvent », dit-il avec un rire dans la voix.

 

« Ce fut pour moi, plus que tout, une grande occasion d’apprentissage et une chance extraordinaire de prendre de l’expérience »

Le soccer dans le sang

Romell Quioto est né au Honduras, à deux pas d’un terrain de soccer. Son avenir semblait scellé d’avance. « J’ai toujours joué au soccer, dit-il, depuis que j’étais tout petit. J’ai su que je voulais devenir professionnel vers l’âge de 16 ou 17 ans. » Quioto a commencé sa carrière au Honduras avec le club Deportivo social Vida. « C’était une chance de débuter dans mon pays, se rappelle-t-il, mais les conditions n’étaient pas idéales. J’étais dans un club qui n’avait pas les moyens nécessaires pour offrir aux joueurs de bonnes conditions sur le plan monétaire, ni même sur le plan équipement. » Mais la vie allait lui offrir une formidable opportunité. Envoyé en prêt pour six mois au Wisla Cracovie, Quioto s’est retrouvé à l’autre bout du monde et la chrysalide s’est transformée en papillon. « Ce fut pour moi, plus que tout, une grande occasion d’apprentissage et une chance extraordinaire de prendre de l’expérience. J’avais à peine 21 ans et c’était la première fois que j’allais à l’étranger. Je n’avais aucune idée de ce que j’allais trouver là-bas et le choc fut quand même important. En plus de l’isolement, je me sentais loin de la maison et il y avait la barrière de la langue qui était un sérieux obstacle. Mais j’y ai beaucoup appris. Quand je suis retourné au Honduras, j’étais un joueur avec plus d’expérience, plus de maturité et bien plus solide sur le plan technique. »

À son retour au Honduras, Quioto s’est rendu compte que le regard des autres vers lui avait changé. « Je suis devenu capitaine pour la saison, explique-t-il, j’avais la responsabilité d’en donner un peu plus pour le club. »  C’est à cette époque, en 2012, qu’il a reçu son premier appel pour la sélection nationale. Un pas important dans sa carrière. « Je crois que tout professionnel travaille pour ça, pour recevoir un jour l’appel où on lui demande d’aller jouer pour son pays. C’est un moment bien spécial pour un joueur et un honneur. » Il est appelé régulièrement depuis.  Romell a ensuite joint les rangs de l’Olimpia, l’un des clubs phares du Honduras. « C’est l’un des clubs les mieux nantis du pays, insiste-t-il, et les choses ont continué de s’améliorer.”

Les Jeux olympiques

Quioto a vécu beaucoup d’événements dans sa carrière : jouer en Europe, gagner des titres, être dans la sélection nationale, participer à des compétitions internationales, jouer dans la MLS, aboutir à Montréal, mais il y a une expérience qui l’a marqué plus que tout le reste : participer aux Jeux olympiques de Rio en 2016. « C’était très spécial pour moi, relate-t-il, parce que déjà en 2012 (Londres), je devais y participer. Le Honduras s’était qualifié et j’avais été retenu sur la liste des joueurs.  Mais l’entraîneur avait le droit d’amener aussi trois joueurs de plus de vingt-trois ans et je suis l’un de ceux qui a dû céder sa place. J’espérais avoir l’occasion de me reprendre en 2016 et quand j’ai su que ce rêve allait se réaliser, ce fut un moment bien spécial. » Ironie du sort, Quioto a été amené à titre de joueur plus âgé… douce revanche sur le destin! « J’ai vécu ces Jeux au maximum, s’enthousiasme-t-il. J’en ai beaucoup profité. Nous avons donné tout ce qu’on pouvait à chaque match. Nos entraînements étaient très intenses et on savourait chaque moment libre que nous avions. Nous avons vu beaucoup de monde et j’ai eu la chance de rencontrer Neymar, un moment qui va toujours me rester en mémoire. » Le Honduras s’est rendu en demi-finale où il a perdu, justement contre le Brésil de Neymar. La médaille de bronze lui a échappé dans la défaite contre le Nigéria.

Romell Quioto a joué dans plusieurs parties du monde, goûtant à des saveurs de football distinctes l’une de l’autre. « Toutes les ligues sont différentes au niveau mondial, analyse-t-il. Depuis le temps que je joue dans la MLS (trois saisons avec Houston avant de venir à Montréal), je m’y sens bien. Je connais bien la ligue. Je crois qu’elle est un peu plus physique. On y court beaucoup, les contacts sont intenses. La ligue en elle-même est assez forte. Pour le peu de temps que j’ai été en Pologne, je dirais que c’est un football qui se joue plus vite, plus technique. Mais ne vous trompez pas, les joueurs sont aussi très physiques là-bas. Et enfin, au Honduras, c’est difficile d’atteindre un bon niveau à cause de l’état des terrains. Le problème majeur, c’est qu’il n’y a pas de bons stades. » Mais peu importe où il joue, Romell Quioto aime passionnément ce qu’il fait. Il lui reste quand même quelques rêves à réaliser : participer un jour à une Coupe du Monde et…retourner jouer en Europe. « Si l’opportunité se présente, tant mieux », dit-il en ne manifestant aucune préférence pour une ligue ou une autre. Mais, pour l’instant, il est heureux où il est et entend bien mettre tout en œuvre pour atteindre les objectifs de l’équipe.